Les teinturières et les commerçantes oubliées de la campagne électorale

La teinturière Soda Dia avec son associée en train de teindre des tissus

Plusieurs femmes sénégalaises investissent dans le domaine du commerce, de la teinture ou de la prestation de services. Mais elles sont confrontées à des problèmes de financement, surtout celles qui sont dans le secteur informel. A Dakar, nombreuses sont les femmes qui participent activement au développement économique du pays. Mais elles peinent à accéder aux crédits et aux fonds dédiés à l’entrepreneuriat féminin. Pendant la campagne présidentielle 2019, elles se sont senties ignorées par les candidats. Reportage. 

Elles ont marre des promesses électorales. Les femmes se désolent de l’absence de programmes concrets pouvant améliorer leurs conditions de travail. Au quartier Castor, précisément dans le grand parc où les garages mécaniques et casse-autos  ont trouvé siège, se trouve un petit emplacement occupé par des teinturières. Sur le sol, on aperçoit des tissus blancs en coton, attachés avec des filets aux rythmes des motifs de teinture. A quelques mètres, deux femmes sont à l’œuvre pour imbiber les tissus d’une substance colorante. Parmi elles, une quinquagénaire répondant au nom de Soda Dia. À la question de savoir si elle s’est retrouvée dans les programmes des candidats de la présidentielle, elle dit être insatisfaite. « Pour ce qui concerne la campagne électorale, en tout cas moi, je n’ai jamais entendu un candidat faire des propositions concrètes pour la cause féminine », souligne-t-elle.

Difficiles conditions d’accès aux financements

Pourtant, Soda Dia et ses associées exercent une activité génératrice de revenus. Elles emploient une dizaine de jeunes qui perçoivent 3000 FCFA (4,5 euros) par jour. Elles comptent élargir leur projet, mais le manque de financement pose problème. « Il y a quelques années, on avait effectué un prêt au niveau d’une microfinance, mais le remboursement faisait défaut. On t’appelle à la fin du mois et si tu ne payes pas, on confisque les matériels que tu avais déclarés comme garanties », renseigne Soda DIA. Une déclaration qui justifie les difficultés pour bénéficier des crédits de microfinances. « Moi par exemple, j’avais déclaré mon lit, mon armoire et ma télévision. Avant cela aussi, ils viennent sur les lieux de travail pour voir si l’activité exercée est rentable ou pas », précise-t-elle.

D’autres, qui n’ont pas de garanties, essayent de se constituer en groupement féminin pour s’autofinancer. Au marché Baraque du quartier Liberté 6, les commerçantes cotisent pour financer leurs activités. Tout au long de la campagne électorale, aucun candidat n’est venu sur leur lieu de travail pour leur faire des propositions. « Avant le démarrage de la campagne, un responsable d’un parti politique est venu ici pour nous proposer des financements. Chacune de nous a cotisé 8000 FCFA (12 euros) pour les frais de dossiers. Mais jusqu’au moment où je vous parle, on ne l’a pas reçu », informe Fatou Mbaye, vendeuse de légumes.

Elles ont trouvé un moyen de financement en cotisant tous les jours (chacune 300 francs, soit 0,46 euro) pour pouvoir acheter des marchandises. « Nous voudrions que le président élu s’intéresse à toutes les femmes, quelle que soit leur catégorie », confie-t-elle.

Des candidats qui s’intéressent à l’entrepreneuriat féminin

Le gouvernement sénégalais a mis en place un Fonds National de Promotion de l’Entreprenariat Féminin (FNPEF) sous la tutelle du Ministère de l’Economie Solidaire et de la Microfinance. C’est un programme dédié aux femmes entrepreneures et aux organisations féminines qui souhaitent créer une entreprise dans le secteur formel.

Pour la présidentielle de 2019, l’un des candidats, Madické Niang, a promis dans son programme de mettre en place un dispositif d’accompagnement au montage de projet et d’assistance à la levée de fonds. Idrissa Seck aspirant à la magistrature suprême mise sur l’amélioration des conditions d’accès au financement bancaire en encourageant les institutions financières à réduire le coût du crédit et à alléger les conditions d’accès. Dans son programme « Jotna » (Ndlr : il est temps), Ousmane Sonko l’un des challengers dans la course présidentielle compte améliorer « l’accès de la femme au foncier en milieu rural » et financer les activités génératrices de revenus des femmes et des groupements de femmes.

Même s’il existe des microfinances et des programmes dédiés à l’entrepreneuriat féminin, les femmes peinent toujours à trouver des financements. Leur souhait est de faciliter l’accès aux fonds pour leur permettre de mieux développer leurs activités.

 

Max Bill Akodjinlossi & Boury Diakhaté

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