La résorption de la décharge de Mbeubeuss ne fait pas l’unanimité

Dans son programme, le président sortant Macky Sall a promis d’acter le projet de la résorption de la décharge de Mbeubeuss. Une vielle doléance de la population environnante mais aussi des défenseurs de l’environnement. Seulement sur place, la question de normalisation de la décharge ne fait pas que des heureux. Certains y voient leurs « emplois » fragilisés.

L’entrée de Mbeubeuss se découvre sur la route de Malika, juste en face du Daara éponyme. Sous une atmosphère poussiéreuse, accentuée par les travaux de prolongement de la VDN,  le ballet des camions et bennes à ordures vont crescendo en cette mi-journée.  En file  indienne, les véhicules passent sur une bascule. « Elles sont pesées à l’entrée comme à la sortie pour nous assurer qu’ils ne volent pas les ordures », renseigne El Hadji Malick Diallo, président des récupérateurs de la décharge  de Mbeubeuss, assis près du tableau de bord installé dans une caisse de container. Celui-ci affiche le poids de chaque camion.

Aux alentours, une odeur perfide empeste l’air, ce qui ne semble guère déranger une dame qui tient sa gargote juste à une dizaine de mètres des pics d’ordures. Dans son mini restaurant aménagé avec des poteaux en bois et entourés de draps aux couleurs ternes, la dame au teint noir ne semble pas concernée par ce projet, « cela ne me dit rien », lance-t-elle sèchement.

Contrairement à cette dernière, Aissatou Sow, qui tient elle aussi son commerce de petit déjeuner devant sa maison, se dit très concernée. Pour sa part, le quartier Diamalaye 2 Ndioguel, où est logée la décharge, « sera plus vivable » si la résorption est actée. A l’en croire, la localité fait face à d’énormes difficultés sanitaires et sécuritaires. « Dernièrement, révèle-t-elle, un de nos voisins a été attaqué par un groupe d’agresseurs qui l’ont dépossédé de son argent et de son téléphone portable ». « En plus, il est difficile de nettoyer nos maisons. C’est comme si la décharge se trouvait au sein même de nos foyers tellement la mauvaise odeur nous empoisonne la vie », se lamente-t-elle.

Une urgence sanitaire

Cette position est partagée par Ibrahima Sarr, la cinquantenaire. Il a sa maison juste à quelques pas de la décharge. Ce menuisier qui vit ici depuis 2000, pensait que la décharge allait être délogée depuis longtemps. « C’est  ce qui m’a convaincu d’acheter le terrain. Mais au fil des ans, je constate avec le cœur lourd de faire face à une impasse », se désole-t-il. Il renseigne que ses enfants, y compris lui-même, souffrent de problèmes respiratoire et dermiques : « tous les matins, mes enfants toussent à se fendre le thorax. Regardez bien mon teint il est tout terne et c’est à cause des ordures », témoigne-t-il. Néanmoins, il croit à une possible modernisation de la décharge. Ce qui n’est pas le cas d’Ibrahima Sow, chef du quartier Diamalaye 2 Ndiouguel.

Dans sa combinaison grise et poussiéreuse, le vieil homme dans une démarche nonchalante, peste contre les autorités : «J’aimerais bien y croire mais je ne le peux », argue-t-il. « Mis à part l’insécurité qui règne ici, continue le chef de quartier, moi qui vous parle, je souffre de problèmes cardiaques et gastriques. Depuis plus de cinquante ans que je vis ici, c’est la même chanson qu’on nous sort. J’étais là, lorsque Mbeubeuss n’était qu’un tas d’ordures. Aujourd’hui, qui peut vous assurer de sa vrai limite ? Je ne crois pas à cette histoire de résorption  », finit-il par lâcher en soulignant qu’ « ici, il y a des gens qui sont prêts à se battre pour que Mbeubeuss reste, parce qu’ils y trouvent bien leurs comptes ».

Ce que confirme le président des récupérateurs. M. Diallo affirme qu’au sein même de leur association, il y a des guerres de positionnement de différentes parties qui croient à une éradication de leur principale source de revenus. « Ils pensent qu’après la normalisation, ils seront expulsés de la décharge, ce qui n’est pas le cas », confie-t-il, tout en se gardant d’entrer dans les détails, parce qu’ils sont en pourparlers avec l’Ucg pour la mise en place du projet.

Dieynaba Thiombane, Souleymane Diassy

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