La grogne des sérigraphes après la campagne

Des sérigraphes de Dakar sont mécontents de la campagne présidentielle. Elle n’a pas apporté beaucoup de retombées à leur activité.

Fallou Faye, imprimeur-sérigraphe, garde de mauvais souvenirs de la campagne présidentielle. La raison ? Il n’en a tiré que de maigres revenus. « Je pratique ce métier depuis 1998. Notre activité a été fructueuse durant toutes ces précédentes campagnes. On nous confiait tout. Qu’il s’agisse de la confection des tee-shirts ou de casquettes. Tout. », confie-t-il d’un ton nostalgique.

La campagne de cette année a été surprenante. « Nous n’avons même pas senti qu’il se passe une campagne électorale. Les quelques commandes reçues ont été faites par des souteneurs des candidats de l’opposition. Moi, par finir, ça m’a découragé. Je ne venais plus à l’imprimerie. Je vaquais, plutôt, à d’autres activités », se désole-t-il. Outre la sérigraphie, le cinquantenaire, marié et père de plusieurs enfants, exerce d’autres activités comme la couture, la confection des matelas pour la gendarmerie et des plaques d’immatriculation.

L’épreuve de la concurrence

La concurrence chinoise est l’une des causes du ralentissement de leur activité en cette période, selon Fallou Faye. « Nous avons appris que Macky Sall a commandé environ 1 million de tee-shirt en Chine », déplore-t-il. «  Ici à la Médina, il y a des Chinois qui font la sérigraphie. Là où le bât blesse, ils cassent les prix. Par exemple, si nous nous faisons une confection quelconque à 5000, eux ils vont le faire à 3000. Finalement, nous allons fermer les boutiques, par crainte de cette concurrence déloyale », a-t-il révélé en se promenant de long en large dans un atelier qu’il nous fait visiter. Au rez-de-chaussée, des machines à coudre, des machines à découpe, des imprimantes, placées cote-à-côté. A l’étage, les mêmes équipements. Les mêmes dispositions. Le silence qui y règne est, par moments, interrompu par les explications du vieux sérigraphe.

Samba Seck est imprimeur à Fass Delorme, au groupe Sifni. A la question de savoir si la campagne électorale a été source de richesses pour lui, il part d’un éclat de rire. « Je n’ai vraiment pas senti la campagne dans mon activité », confie-t-il. Selon lui, cela s’explique par le nombre réduit de candidats. Autre raison avancée : l’attribution des marchés qui se fait par relation.

A quelques mètres de là, l’imprimerie la balance fait face au marché hebdomadaire de la commune de Colobane. La même réalité a été confirmée par le responsable de la structure, Ousmane Seck. De mémoire d’imprimeur, il n’y a jamais une pareille campagne, scande-t-il. « Il n’y a pas eu beaucoup d’impressions avec l’affaire des candidats limités. Le parrainage nous a vraiment joué un mauvais tour. » 

Néanmoins, le jeune Aziz Maria semble être la seule voix dissonante. Il se réjouit du business de la campagne. L’imprimerie Arc-en-ciel, où il travaille est une entreprise chinoise. Grâce à des affiches publicitaires, ils ont eu beaucoup de commandes. Le gain quotidien de son entreprise pouvait atteindre 100 mille francs.

Constant Kintin & Lassana Nassoko

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