Cheikh Anta Diop, un parcours pharaonique

Le grand savant de Tombouctou Ahmed Baba disait : « le savoir ne se déplacera pas vers vous, mais c’est à vous de se déplacer vers le savoir. Cette citation, Cheikh Anta Diop l’a compris. Elle sera son fil conducteur durant toute son existence, c’est-à-dire « s’armer de Savoir jusqu’aux dents ».

C’est à Thiaytou, un village situé au cœur du Baol où débute l’épopée de ce magna du savoir universel. Cheikh Anta Diop est un savant qui s’est penché sur la condition africaine en allant fouiller sur son passé le plus profond avec un regard de fierté mais aussi critique. Durant toute son existence, l’homme ne s’est donné aucun moment de répit pour le rétablissement de la vérité et la réhabilitation de la dignité de l’homme noir.

En pleine période coloniale, il est rare de voir un enfant faire des études poussées dans les colonies. Mais le jeune Cheikh Anta va affronter se monde où rien ne donne en charité, mais se gagne en s’armant d’intelligence et de persévérance. Fort des qualités susmentionnées, il décroche dans la même période, son baccalauréat en mathématiques élémentaires en plus d’un baccalauréat en lettres. Il est de partance pour la France afin d’affuter ses armes intellectuelles.

« Rétablir la vérité historique en Afrique »

A 23 ans, il débarque à Paris pour suivre des études en physique et chimie. Parallèlement, il suit des cours en sciences sociales de Gaston Bachelard et de Fréderic Juliot- Curie. Cheikh Anta est foncièrement marqué par l’histoire africaine. C’est pourquoi, il soutiendra en 1951, une thèse de doctorat à l’Université de Paris, dans laquelle il affirme que « l’Egypte antique était peuplée d’africains noirs et que la langue et la culture égyptiennes se sont ensuite diffusées en Afrique de l’Ouest ».

La thèse est publiée sous le nom de Nation genres et cultures, en 1954. Néanmoins le jury émet des réserves sur les théories avancées par Diop dans sa thèse. Finalement, il obtient son doctorat en 1960 et dans cette même année il obtient une spécialisation en physique nucléaire au laboratoire de chimie nucléaire du collège de France. Il met à profit cette pluridisciplinarité pour « rétablir la vérité historique en Afrique ».

Armé de savoir, Cheikh Anta Diop se lance sur le champ de la restauration de la dignité africaine. Il va s’appuyer sur les citations des auteurs anciens comme Hérodote, et Strabon pour illustre sa théorie selon laquelle l’Egypte antique était noire. Différents aspects vont corroborer les thèses de Diop. En 1960, il revient au bercail et devient enseignant à L’Université de Dakar qui portera son nom après sa disparition en 1986.

Depuis, il mène un travail scientifique très dense. C’est dans cette optique qu’il crée le premier laboratoire de datation des fossiles archéologique au radiocarbone en 1966 à l’Université de Dakar. En 1966, lors du festival mondial des arts nègres, Diop obtient le titre de l’auteur africain la plus influente du XX eme Siècle. Ceci vient magnifier le formidable parcours du savant africain.

Engagement politique

Militant actif en tant qu’étudiant, Cheikh Anta Diop se lance en politique dès les premières années de l’indépendance du jeune Etat sénégalais. Il crée le bloc des masses sénégalaises (BMS) et sera arrêté en 1962 et détenu à la prison de Diourbel. Il décrit la détention en ces termes : « A 41 degré, un demi- degré de plus et mes neurones grillaient », se souvient-t-il. L’année suivante, son parti sera dissous. A sa sortie de prison, il regroupe les diaistes (partisans de Mamadou Dia) et certains jeunes intellectuels. Face à sa popularité grandissante, le président Senghor propose 4 postes ministériels à son parti et un quart des députés à l’Assemblée Nationale. Diop décline cette offre et veut traiter d’égal à égal avec le parti au pouvoir.

En 1976, la BMS renait de ses cendres et devient le Rassemblement national démocratique (RND). Le nouveau parti va devenir le point de convergence des étudiants, des intellectuels de gauche et communiste. Les coups bas du parti au pouvoir vont saper fortement le RND. Ce dernier sera en léthargie au moment de la disparition de son fondateur le 07 février 1986. Beaucoup des collaborateurs de Cheikh Anta Diop vont rejoindre les différents partis d’alors comme le Ps et le Pds.

Cheikh Anta Diop, durant toute sa vie à lutter contre l’ignorance et le sentiment de complexe par rapport à tous groupes sociaux. Il a toujours décrié le manque d’engagement d’une certaine classe politique. Il les dépeint par ces termes : « C’est parce que des intellectuels et des cadres africains ont abdiqué leur responsabilité, ont préféré ronger des os, au lieu de s’occuper de l’essentiel, c’est-à-dire de la sauvegarde des droits imprévisibles du citoyen, pensant que cela présentait moins de risque ».

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