De l’oseille plein les poches

Matériel de sonorisation

Les périodes électorales sont souvent des moments de grande effervescence dans la vie d’un pays. Si les politiques sont occupés à convaincre l’électorat, certains corps de métier ne se font pas prier pour tirer profit de cette effervescence. C’est le « business de campagne ».

 

Loin des foules immenses qui accompagnent les voitures des candidats actuellement à l’intérieur du pays, quelques partisans s’affairent ici à Dakar. En cette soirée de campagne acharnée, tous les moyens sont bons pour attirer l’attention des populations. Une voiture sillonne les rues de la cité des enseignants à Guédiawaye. Plusieurs jeunes y sont assis, tee-shirts aux couleurs du Pastef (Patriote du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité). Ils se contentent d’afficher des visages enthousiasmés, pendant qu’une jeune femme s’époumone, microphone en mains, pour convaincre les habitants du quartier. Elle énumère plusieurs promesses de campagne de son candidat, Ousmane Sonko. Il n’y a pas une grande foule autour d’elle, mais elle espère attirer l’attention grâce aux baffles qui résonnent.

Tout ce matériel de sonorisation, ces jeunes l’ont loué chez Albert. Dans ses locaux,  des amplificateurs, des baffles, micros, etc. Le tout est soigneusement disposé dans une petite salle, loin des regards. Il manipule son ordinateur, se lève pour vérifier quelque chose dans un coin, et revient s’asseoir. Grand, visage fin, il a un bonnet noir sur la tête. Louer cet attirail sonore lui permet de gagner de l’argent, parallèlement à ses jobs quotidiens qui sont peintre et gérant de cyber-café. En cette période de campagne, il est très sollicité par les nombreux partisans des différents candidats. « C’est une période extrêmement lucrative. Les politiciens du quartier et des environs sont mes meilleurs clients. En moins de deux semaines,  j’ai gagné plus que sur les deux ou trois derniers mois. S’il y a un second tour, peut-être que je serai millionnaire», plaisante-t-il. Albert loue son matériel au plus offrant. « Je n’ai de problèmes avec aucun parti ou aucune coalition. Tant qu’on me paie mon argent, je fais mon travail pour que le prestataire soit satisfait ».

 « Mon chiffre d’affaires gravite autour de 700 milles à 800 milles francs »  

Avec trois de ses amis, Diagne Mamadou a créé « Bomayé Communication ». Une structure « légalement constituée » qui travaille sur  la confection et l’ impression de cartes de presse, affiches, banderoles, flyers, t-shirts, etc. « Nous sommes spécialisés dans l’impression numérique, le graphisme, l’édition, tout ce  la communication », explique Mamadou, coiffé d’un bonnet bleu. Même son de cloche que chez Albert, on travaille pour le plus offrant. Et, le métier paye relativement bien. « Nos clients sont des acteurs politiques. Généralement, ils demandent nos services pour des caravanes. Pour une caravane par exemple, il faut des centaines de t-shirt, des milliers de flyers et de banderoles. Tout ce tarif se chiffre à environ 2-3 millions Fcfa au minimum, ce qui fait graviter mon chiffre d’affaires autour de 700-800 milles Fcfa ». Le travail de la structure est permanente même s’il confie qu’« en cette période électorale, les marchés augmentent. Chaque candidat veut en mettre plein la vue. »

Mamadou Diagne, créateur de « Bomayé Communication »

La start-up existe depuis deux ans. Le jeune homme était à cette époque graphiste à la Senelec , mais a décidé de créer sa propre boîte. De « de bouche à oreille » et « par référencement », il en est là aujourd’hui. Il s’occupe du graphisme tandis que ses compagnons se chargent de l’animation vidéo et de la logistique. Toutefois, il peut arriver qu’ils soient débordés. « Selon la taille des marchés, on peut se permettre d’employer d’autres prestataires de service. », laisse savoir le graphiste. « Le métier paye bien, il suffit juste de bien le travail », assure celui qui précise  ne pas modifier la qualité de son travail selon les prix des clients. Il regrette toutefois l’époque où les candidats confiaient leur communication de campagne à une seule et même entreprise. « Cela a changé. Aujourd’hui, les politiques confient le plus souvent leur communication à leurs relais partisans. Ce qui quelque part,  inhibe le secteur », se désole-t-il. Avec les imprimeurs, c’est une relation de professionnalisme. « Il suffit de mettre les prix adéquats pour obtenir ce que tu veux », ajoute-t-il.

La période électorale nourrit son homme. C’est une période faste pour certains corps de métier qui en profitent pour se faire de l’argent, en prévision des périodes plus difficiles.

Oumar dit Boubacar Wane Ndongo & Kensio Akpo

A propos de Kensio Akpo 4 Articles
Etudiant au CESTI. Football, Musique et Culture générale. J'aime me dire iconoclaste et subversif pour me trouver un côté "rebelle" , il le faut un peu quand même.

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