La « gueule de l’emploi » : l’affiche électorale de Madické Niang

La représentation est faite dans une cadre rectangulaire «format portrait» qui donne à voir Madické Niang souriant, pris de face en plan rapproché (poitrine) et vêtu d’un boubou traditionnel de couleur bleue, une chéchia sur la tête. Le candidat tend le bras droit qui déborde le cadre de l’affiche et pousse le spectateur à imaginer la main manquante dans le hors champ.

L’angle « à hauteur d’homme et de face » donne une impression de réalité et «naturalise » la posture du candidat car il imite une vision «naturelle». Ici, le candidat Madické Niang semble regarder le spectateur « les yeux dans les yeux » et donne l’impression d’avoir avec lui une relation interpersonnelle instaurée entre un «je» et un «tu», consolidée par l’interpellation « TANNAL » (CHOISIS).

Sur la gauche de l’affiche électorale, à la hauteur du bras tendu, est visible le spécimen du bulletin de vote du candidat de la Coalition Madické 2019. Sa représentation iconique dans cette affiche constitue une stratégie d’anticipation du vote en permettant aux électeurs de l’identifier

Les constituants linguistiques qui prennent en charge le positionnement du candiat s’articulent autour de deux messages dont la différence de contenu est signalée par une typographie, des couleurs et une disposition spécifiques. Le premier message situé dans la partie supérieure de l’affiche électorale se caractérise la taille du terme «TANNAL» exprimant un impératif (CHOISIS) écrit en majuscules et dont la dimension s’étale toute la largeur de l’affiche. Cette incitation à choisir précise l’identité du bénéficiaire notamment la COALITION MADICKÉ 2019 présentée cette fois-ci avec une écriture certes en majuscules mais dont la taille est moins imposante.

Ce message véhiculé est simple et évite ainsi une complexité susceptible de le noyer dans un excès de subtilité. A cette simplicité du message s’ajoute en filigrane sa percussion mais aussi et surtout l’implication de la cible. Cette double perscussion/implication qui interpelle l’électeur est ici renforcée par un tutoiement qui présuppose une familiarité, une complicité, une connivence entre le candidat et l’électeur. L’électeur se sent concerné par le message parce qu’il ne le laisse pas indifférent…il l’interpelle.

Un second message, placé au bas de l’affiche : «TANNEF BI DAL XEL» (LE CHOIX QUI RASSURE) écrit en lettres capitales souligne de par sa modalité assertive les vertus d’un acte de vote en faveur du candidat Madické Niang..

L’une des caractéristiques du positionnement politique dans cette affiche électorale, c’est qu’il est décliné en langue nationale. L’affiche électorale du candidat de la Coalition Madické 2019 est la seule parmi les affiches des 5 candidats à décliner une partie de son slogan de positionnement politique en wolof. Du point de vue de marketing politique, il y a un recours au critère de la «proximité linguistique» comme mode opératoire pour à la fois séduire, convaincre et enfin faciliter l’adhésion des citoyens à la vision du candidat.

La disposition spatiale des deux message s’appuie sur une hiérarchie typographique caractérisée par l’épaisseur et la massivité des termes. Elle constitue un appel visuel qui provoque un balayage de l’affiche du haut vers le bas. Le message global en faisant le choix de l’appartenance linguistique permet de réduire par conséquent la distance entre le candidat Madické Niang et un segment de l’électorat potentiel.

Les codes chromatiques de l’ affiche de la Coalition Madické 2019 sont dominés le bleu et le jaune, des couleurs qui rappellent celles du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Il y a une quête de ressemblance chromatique avec le PDS dont la notoriété est avérée. Cette volonté d’identification au PDS est également perceptible dans l’emblème de Madické Niang constitué d’une pastille de couleur bleue dans laquelle est représenté un épis de blé. Celui du PDS est symbolisé par un épis de maïs.

Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique, affirme que “la couleur politique est un capital précieux pour les partis.” (Le Figaro, 22-12 2012).

Par Mouminy Camara, enseignant-chercheur en sémiologie 

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