Avenue Cheikh Anta Diop : Les commerçants victimes des grèves d’étudiants

Les échauffourées entre étudiants et policiers, sur l’avenue Cheikh Anta Diop, impactent sur les activités des commerçants.

Coiffé d’un bonnet à l’Amilcar Cabral et vêtu d’un blouson bleu foncé, un vendeur de cahiers et de fascicules étale sa marchandise devant la principale porte menant au campus social de l’UCAD. Il ne veut pas donner son nom. Le regard meurtri, il livre ses sentiments durant les échauffourées entre forces de l’ordre et étudiants. « Lorsqu’il y a grève, ce n’est pas facile mais nous ne pouvons pas partir et laisser nos affaires. Nous ne pouvons pas vendre à cause des accrochages entre forces de l’ordre et les étudiants », martèle-t-il avec un rire jaune.

Les commerçants sont nombreux à occuper les trottoirs sur l’avenue Cheikh Anta Diop faisant face au temple du savoir. Ils sont les plus exposés car se trouvant généralement entre les policiers et les grévistes. Jets de pierres d’un côté et de projectile de gaz lacrymogène de l’autre, c’est le scénario auquel assistent ces vendeurs longeant l’avenue, véritable champ de bataille. Ce qui fait perdre à certains leurs marchandises.

À proximité des grilles de la grande porte, Moustapha est assis tranquillement. Il écoute depuis les postes radios qu’il vend, des « Khassida », reprenant avec aisance les morceaux. Originaire du Baol, il affirme vivre la même chose. « À chaque fois qu’il y a une grève, nous perdons de nos matériels. Les étudiants brulent souvent les morceaux de tissus sur lesquels nous posons nos affaires. Les lacrymogènes nous fatiguent le plus », affirme-t-il.

Cet état de fait s’explique par ces actions qui restent imprévisibles. « Il est fréquent que des cas similaires se produisent sur l’avenue Cheikh Anta Diop. Lorsqu’une grève est annoncée, nous plions bagages. Toutefois nous sommes, la plupart du temps, pris au dépourvu », avance-t-il, l’air déprimé. Aux dires de ce jeune commerçant, c’est encore plus difficile s’il n’a pas ses économies. Il estime s’il a une bonne assise financière, les grèves ne seront qu’une aubaine pour se reposer.

Non loin de là, des vendeurs de livres par terre se désolent également de la situation. Assis sur un banc, feuilletant quelques pages d’un livre qu’il tient des deux mains, Ablaye Gueye se dit être dépassé souvent par les événements. « Nous vendons mais n’avons pas l’esprit tranquille. Il y a des livres que nous perdons en voulant nous protéger des pierres et lacrymogènes », dit-il. Il poursuit qu’un jour, un projectile l’a atteint. Pour ce vieux commerçant, c’est toujours une perte de ne pas travailler ou de perdre ses livres. « Nous sommes les plus exposés. Ils nous prennent toujours au dépourvu. Nous ne pouvons pas travailler à chaque fois qu’il y a grève. Nos livres sont souvent brûlés », argue-t-il. Pour la plupart de ces commerçants, ce n’est pas facile de travailler dans ces conditions. L’autre aspect qu’ils déplorent, ce sont les gaz lacrymogènes qu’ils inoculent dans ces moments de grèves.
Cheikh Hamed Tidiane Ndiaye

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