Imam Ahmadou Maktar Kanté : « La dynamique de l’islam va dans le sens de libérer la femme »

La place de la femme en islam a toujours fait l’objet d’une sacralité dans le monde musulman. Du statut de la femme, au concept d’égalité avec l’homme, rien n’est pourtant tabou. Entretien avec Ahmadou Maktar Kanté, imam d’une mosquée de Point E, et auteur de l’ouvrage « Islam, science et société », Ecrit d’un imam africain.

 Quel est le statut de la femme en islam ?

Imam Ahmadou Maktar Kanté: La question de la femme dans l’islam est très large. Ce que l’islam dit d’abord c’est que la femme a la même origine ontologique que l’homme. Les deux ont été créés d’argile, et à partir d’argile ont reçu le souffle divin. De ce point de vu l’homme et la femme ont la même responsabilité, le même libre arbitre et vont tous rendre des comptes.

Mais la religion a également bien distribué les rôles. Le Coran a dit tellement de bonnes choses sur la femme : le respect que l’homme lui doit, la bienfaisance, la compassion et aussi ses droits et devoirs en tant qu’épouse. Mais également le Coran a défini les rôles sociaux, politiques et économiques qu’elle peut jouer dans la société.

Que dit l’islam  du concept d’égalité homme-femme ?

Tout dépend du concept d’égalité dont on parle, car  c’est un concept  que je trouve souvent flou. Comme je viens de le dire les deux ont la même origine ontologique. Donc en principe, il ne peut pas y avoir de supériorité. En ce sens, le concept d’égalité dépend peut-être des sociétés. Ce que je connais du Coran c’est beaucoup plus le terme d’équité que d’égalité. Là donc il y a égalité de principe puisqu’ils sont issus de la même origine. Mais maintenant c’est au niveau du plan de la fonction sociale que le Coran a distribué différents rôles aux uns et aux autres.

La sourate 4 verset 34 du Coran dit : «  les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-ci au-dessus de celles-là ». Comment interpréter ce passage du coran ?

Déjà il y a un problème de traduction qui se pose. Ce n’est pas que les hommes sont supérieurs aux femmes c‘est que les hommes ont l’autorité sur les femmes. Il faut surtout comprendre ce terme par rapport à la vie conjugale. Maintenant si les gens pensent qu’être chef de famille c’est un privilège peut être qu’ils n’ont pas compris.

Est-ce que l’islam reconnaît qu’il y a des places où les femmes ne peuvent pas accéder ?

En tout cas moi, ce que je connais pour l’islam c’est la mosquée. Et même la mosquée, quand la femme est indisposée elle ne peut pas y aller, sinon elle peut y aller. Mais ça c’est aussi valable pour l’homme. Sinon je ne vois pas ailleurs où on dit que la femme ne doit pas être là.

Est-ce qu’on peut réadapter les textes islamiques sur les femmes au contexte actuel?

(Après un moment d’hésitation) C’est une question très complexe. Mais l’islam dit oui. Il y a ce qu’on appelle la question des BIDDAS et des innovations. Chez les Ouléma, il y a l’Istihad qui répond à des questions nouvelles qui ne sont pas tranchées dans des textes.

Et aussi il y a des textes qui ne figent pas un jugement juridique définitif, ou bien qui ont été interprétés par une école de pensée. Donc cette école de pensée, il ne faut en faire l’islam en tant que tel. C’est une élaboration intellectuelle. Par exemple comme on a l’habitude de se référer au Sénégal à l’imam Malik. Donc cet avis-là n’est pas sacré, et c’est bien d’ailleurs qu’il ne le soit pas parce que l’être humain doit faire des élaborations intellectuelles.

Ça c’est une question théologique qui se pose pour toutes les grandes religions. C’est la même chose pour l’islam et nos cultures traditionnelles africaines. En tous les cas pour ce qui est de la religion musulmane, il a toujours fait en sorte de détacher les textes et ce que les gens en font dans l’histoire et dans les sociétés. Aujourd’hui, vous allez en Arabie Saoudite, en Egypte ou en Indonésie, vous n’avez pas le même traitement qu’on fait des enfants, des femmes et autres. Et il y a toujours une volonté de légitimer la tradition par rapports à l’islam. Donc c’est aux gens de faire un recul critique pour bien faire la part des choses. Est-ce que vraiment ça repose sur des références musulmanes. Et même si c’est le cas qui l’a interprété comme ça ? Est-ce que cette interprétation-là est sacrée définitive ?

Certains discours religieux disent que la femme en islam est reléguée au second plan. Qu’en est-il concrètement ?

(Rires) Il ne faut pas être impressionné par ce discours-là, en disant, oui il l’a dit donc c’est la religion. Il faut faire très attention avec tout ça. Ce n’est pas parce qu’un Imam l’a dit dans une émission que c’est forcément l’islam. On peut en discuter pare ce que quand on regarde la dynamique de l’islam elle va dans le sens de libérer la femme (….).

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