FASEG : Le système LMD à l’origine du chevauchement des années universitaires

« Si aujourd’hui j’avais l’opportunité de voyager, je la saisirais sans réfléchir ». Cette phrase lâchée laconiquement avec un brin d’humour par Ibrahima, étudiant en licence 2 à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) traduit le mal être qui ronge cette faculté de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Ici, l’année universitaire s’allonge au rythme des perturbations.

Le hall de la Faseg est bondé de monde. Quoique l’année académique n’ait pas encore démarré, les étudiants, de retour de vacances depuis le mois d’octobre, continuent les cours puis passent les examens de second semestre de « l’année précédente ». Il est midi passé de quelques minutes. Le brouhaha des discussions est quelquefois couvert par un rire strident amplifié par la forme conique du bâtiment. Au dehors, une odeur de friture et viande sautée s’échappe de la cafétéria. Juste à une dizaine de mètres de cette dernière, en face de l’institut Confucius, des bancs en béton sont aménagés sous l’ombrage des arbres.

Assis sur l’un de ces bancs, Ibrahima, en jean bleu surmonté d’une veste simili cuir noir, échange avec ses amis sur l’examen de « monnaie » qu’ils vont passer à 13h. Sacoche en bandoulière, taille svelte, il explique que les perturbations qui touchent sa faculté sont antérieures à son orientation. « J’ai eu mon bac en 2016, et normalement je devrais être en L3 cette année mais je suis toujours en l2 alors que je n’ai repris aucune classe.  D’après mes anciens, cette situation a toujours existé à la Faseg », explique-t-il. Il est de suite contredit par Mamadou Habid Thiam, assis juste devant lui. Il est sûr que le problème date de 2011-2012.

Etudiants dans le hall de la Faseg

« «Ici l’année dure treize mois »

Etudiant en première année de licence et visiblement plus informé, Mamadou soutient que cette situation résulte « d’une mauvaise gestion » de l’administration dans l’application du système Licence, Master, Doctorat (LMD). « Ici l’année ne dure pas 8 mois mais treize », s’indigne-t-il. Il se remémore sa joie lorsqu’il avait appris, après son bac, qu’il avait été orienté à la Faseg, mais ne savait pas que c’était cette situation qu’il allait y trouver : « Je n’entendais pratiquement pas de grèves venant d’ici. D’habitude, c’est la fac de Lettres et la fac de Droit qui sont plus sujettes aux manifestations. Mais j’avoue que je suis déçu. J’ai l’impression de perdre mon temps. Depuis janvier 2018 je suis en première année et rien ne me dit que je vais réussir les examens parce que c’est la session unique, donc pas de rattrapage », regrette-t-il.

Assise à sa gauche, Fatima, aussi étudiante en première année de licence révèle avec un rire forcé,  que la quasi moitié de la classe a abandonné car, « ils ont trouvé mieux et ont bien raison », laisse-t-elle entendre.

A quelques pas de ce rassemblement, des groupes d’étudiants en master 2 profitent de l’ombrage qu’offrent les arbres pour réviser des cours. L’un d’entre eux,  qui a préféré garder l’anonymat, explique que le plus difficile pour eux dans cette situation est qu’ils sont obligés de s’inscrire deux fois pour le master 2. « Le master te revient finalement à 150.000 francs au lieu de 100.000 et trois ans au lieu de 2 ans, ce n’est pas normal », dénonce-t-il, sans savoir les raisons de la double inscription pour le master 2.

Une autre étudiante en master 2 Audit assise juste à côté du groupe affirme qu’il n’y a rien à comprendre. Selon ses termes, il suffit juste d’endurer : « celui ou celle qui se marie avec un étudiant ou étudiante de la Faseg a toutes les chances de voir son mariage réussi parce que nous sommes très endurants », ironise-t-elle. Mais Mme Mbengue, cheffe du service pédagogique, semble trouver une explication cohérente à cette situation.

L’administration se défend

Dans le bureau des services pédagogiques, Mme Mbengue Aïssatou Mboup programme les travaux dirigés de l’année académique qui vient de démarrer pour les étudiants de la première année. Elle pianote sur le clavier de son ordinateur et jette de temps à autre un regard furtif sur son téléphone.  A l’en croire, les étudiants de master 2 sont tenus de renouveler leur inscription pour que le logiciel les reconnaisse, « puisqu’ils font le M2 en deux ans ».

Selon la responsable du service pédagogique, les problèmes de chevauchement des années universitaires à la Faseg datent de l’année 2011-2012 et sont effectivement résultants de l’installation du  système LMD. « Depuis l’application du système LMD, la faculté est dans des difficultés pour gérer le flux d’étudiants. Les cours ne démarrent pas en même temps, c’est la principale cause de ce problème. L’année normale est de janvier à août, mais on ne peut le respecter », reconnait-elle.

Mais le seul « hic » avec ce système , c’est qu’il augmente le flux d’étudiants dans les différents niveaux. «Je ne peux programmer les cours pour les nouveaux bacheliers en n’ayant pas les résultats des actuels étudiants de L1, ils viennent juste de terminer leurs examens du second semestre », confie Mme Mbengue.  Elle va plus loin et explique qu’à cause du retard accusé sur le démarrage des cours et les perturbations rencontrées au cours de l’année, ils sont obligés de faire une session unique. « Et nous sommes prêts à le refaire jusqu’à trouver une solution à ce problème qui importune les étudiants et les professeurs », fait-elle savoir.

Le manque d’infrastructures est aussi une des raisons pour lesquelles l’année académique tire en longueur à la Faseg. Avec 5 336 étudiants, pour « seulement » deux amphithéâtres et 19 salles de TD, la responsable du service pédagogique affirme rencontrer d’énormes difficultés pour programmer les cours et les travaux dirigés. « Parfois je suis obligée d’emprunter des salles à la Faculté de droit, à l’Iface ou à l’école primaire Saint-Joseph pour les besoins de TD. Si j’avais deux amphis et 10 salles de plus, je pense qu’une bonne partie du problème serait résolu », espère-t-elle, en plus d’une meilleure répartition des professeurs vacataires dans les différentes matières.

Mais ces espoirs, peu sont les étudiants qui croient à leur concrétisation. Pour eux, l’heure est à l’endurance tout en cherchant une porte de sortie, « surtout avec les concours », philosophe Mamadou Habib Thiam.

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