Rentrée des classes : Priorité au shopping avant les manuels scolaires

Au Sénégal, la rentrée scolaire s’apparente à la préparation d’un événement. Les « jeans » et les « body » passent avant les livres et les instruments géométriques. A Dakar, pour beaucoup, peu importe ce que cela peut coûter. Le plus important c’est de suivre la mouvance.

Le soleil est brûlant. Ses rayons font transpirer à grosses gouttes ceux qui daignent malgré tout vaquer à leurs occupations. Ici, les passages sont étroits. Le lieu, noir de monde. Les vendeurs occupent le moindre espace libre, la musique est à fond… Un décor du marché Dior des Parcelles assainies de Dakar, qui ne désemplit que tard dans la nuit. La chaleur suffocante n’empêche pas ces nombreuses jeunes filles de s’arracher les articles les plus en vogue. Chaussures, sacs à main, vêtements, maquillage, mèches, greffages… A quelle fin ? La rentrée des classes, évidemment.

Elles veulent être au top pour les prochaines retrouvailles avec leurs camarades. « Au lycée, les filles adorent rivaliser surtout qu’on revient des vacances. Chacune veut montrer qu’elle s’habille mieux que l’autre. Si tu ne suis pas cette dynamique tu te retrouves marginalisée », explique Mariama Guèye à l’aise dans sa courte robe verte, et protégée par une casquette bleue nuit. Elle reprend le marchandage avec un vendeur de jean, accompagnée de ses trois cousines.

Vu le nombre d’élèves présents sur les lieux qui partagent son avis, c’est à croire que la priorité revient «au m’as tu vu? » et non à la culture de l’excellence, par l’achat de manuels scolaires. A la question de savoir si elles ont pensé à acheter des livres ou les fournitures nécessaires à leur prochains cours, elles opposent un sourire ou une mine gênée. Pour Dieynaba, 18 ans «les livres, les documents viendront après ; ce n’est pas le plus important avec juste un cahier et un stylo on peut prendre des notes donc… En plus, tout le monde fait cela ».

L’habillement, « c’est la priorité » !

En somme, si la jeunesse se trouve confortée dans cette mentalité, c’est peut-être parce que les parents les y encouragent. Assise dans son salon, Mère Fatou Ndiaye est entourée de ses quatre filles et de son benjamin. Ils discutent calmement. Le sujet du jour s’articule autour du budget nécessaire à chaque enfant pour les habits et les tresses à l’occasion de l’ouverture des classes. « Chaque année, leur père et moi prévoyons une somme spécialement pour cela. C’est la priorité car il ne faudrait pas qu’ils soient frustrés à l’école en voyant leurs camarades dans de belles tenues. Les documents, on verra après, en cours d’année », affirme-t-elle avant de reprendre la causerie avec ses enfants.

En somme, c’est une habitude qui est devenue un pan incontournable, dans la société sénégalaise qui privilégie le port vestimentaire à la formation intellectuelle de leur progéniture, juste pour ne pas être mal vu par les autres. Pis, même dans les ménages à faible revenu, l’on remue ciel et terre pour faire comme tout le monde.

Imposer l’uniforme ?

Heureusement, il existe encore certains élèves avec une vision différente, comme Amina, trouvée dans une de ces librairies parterre du marché Sandaga. De taille fine, l’adolescente s’est lancée dans un marchandage avec le vieux Ousmane, pour l’achat de plusieurs livres et œuvres au programme de la classe de troisième. Et malgré son jeune âge, ce phénomène à la mode ne l’intéresse guère. Elle estime que certes c’est important, mais ce n’est pas l’essentiel.

« Je pense que cette question serait réglée si dans toutes les écoles, on imposait l’uniforme comme dans la mienne. Les élèves auraient d’autres soucis que de courir après les habits à la mode. Ce qui est drôle, c’est qu’il arrive que certains manquent de matériel pour bien suivre les cours mais s’habillent comme des stars », explique-t-elle.

A chaque rentrée, elle n’a que le strict nécessaire pour aller à l’école. Ses parents ne tolèrent aucun excès dans les achats d’équipements scolaires. Il est clair que si les élèves se concentraient sur l’essentiel les résultats scolaires seraient bien meilleurs mais hélas beaucoup reste à faire, même si Diary Sow, meilleure élève du Sénégal l’a bien compris….

Pour l’heure, à Dakar, l’on assiste à une multiplication de petits vendeurs dans les quartiers, présents juste pour la circonstance, à savoir, la rentrée scolaire. Et ils reconnaissent qu’en ce moment ils font de bonnes affaires, en vendant tout sauf des livres.

2 Comments

  1. texte agréable à lire. Mais la mise en forme peut rebuter le lecteur. Penser à justifier le texte et à mettre deux ou trois autres liens hypertexte

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