Habib Diagne, l’homme qui veut alphabétiser les enfants-talibés

Une association de jeunes s’emploie depuis quelques mois à initier des « Talibés » d’un daara (école coranique) rufisquois à l’alphabet français. L’objectif est de donner les moyens d’une réinsertion future à des enfants qui n’ont jamais été à l’école publique pour la quasi-totalité. Ses initiateurs comptent bien élargir et pérenniser le projet mais font face à des difficultés matérielles.

« A…a, B.…b, C…c » l’alphabet français repris en chœur par les Talibés sous le regard de leur formateur brise le silence d’un coin perdu du quartier rufisquois de Darou Rahmane. Le programme du jour diffère de celui des habituelles séances de mémorisation du Coran mais l’attention des Talibés assis à même le sol est tout autant à son comble.

Les seaux et autres récipients leur servant de sébiles sont bien rangés dans un coin de la salle. Les ardoises et cahiers ont pris le relais entre les mains des apprentis pour cette matinée.

« Il s’agit d’alphabétiser les enfants en langue française pour qu’ils sachent lire et écrire leur nom » explique Habib Diagne à l’origine du projet. « On a pris cette initiative car avec l’avancement de la société, les Talibés sont amenés à occuper d’autres fonctions dans la société et l’illettrisme peut être un facteur bloquant pour leur réinsertion future ».

Les premiers résultats de l’apprentissage sont remarquables à en juger les écritures griffonnées sur quelques-uns de la cinquantaine de cahiers des jeunes élèves répartis en deux salles suivant l’âge. Les cours n’ont pourtant débuté que depuis 2 mois à raison de six heures par semaine.

« Au début c’était difficile de les initier dans une langue méconnue jusque-là mais ils sont très éveillés. Il suffit juste d’un petit effort de notre part pour qu’ils y arrivent », témoigne Lamine Ndiaye, formateur qui s’occupe des élèves plus âgés.

Rokhaya, Abdoulaye, Lamine et Fatou, tous jeunes étudiants d’une vingtaine d’années ont suivi Habib Diagne dans sa mission « d’ambassadeur des Talibés » comme certains le nomment ici. La pédagogie articulée essentiellement en wolof est originale et les plaisanteries par intermittence des formateurs contrastent avec l’atmosphère traditionnellement tendue des salles de classes.

Des élèves motivés

« Il y a beaucoup de progrès qui ont été faits depuis le début parce que les enfants sont enthousiastes. Parfois ils sont déjà là avant l’heure en attendant qu’on commence », souligne le formateur en herbe. Ils ne sont pas les seuls, le responsable du «daara» est tout autant concentré sur les quelques mots qu’il s’emploie à réécrire sur son cahier. Le jeune Lamine Ndiaye le supplée à sa position habituelle de maître pour faire déchiffrer un à un les mots inscrits sur le tableau.

« Il nous a été d’autant plus facile de commencer notre projet par ce daara que le responsable a toujours émis le souhait de voir les enfants apprendre le français ». Lamine confirme que « certains responsables de daara ont une crainte de l’éducation en français parce qu’ils pensent qu’elle pourrait prendre le pas sur celle coranique. Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’apprendre uniquement le Coran avant de quitter le daara n’est pas assuré. Il peut arriver qu’on ait à voyager ou à affronter le monde du travail. Il est (donc) difficile de s’imposer sans avoir été à l’école ».

Notre interview intégrale avec Habib Diagne, l’initiateur du projet

Si les membres de l’association ADSI-Taxawu Daara Yii comptent bien étendre leur action au maximum de daaras, le défaut de moyens financier et matériel brime leurs ambitions. A l’heure actuelle, le projet repose essentiellement sur le volontariat de Habib et ses acolytes avec un appui de SOS Enfants Mendiants du Sénégal, une association bruxelloise.

Une prime de 15.00 FCFA permet d’assurer le transport des jeunes impliqués mais la somme est souvent reversée dans l’achat d’accessoires pédagogiques.

Les formateurs avouent être obligés de faire avec les moyens du bord pour rassembler les fonds nécessaires à la poursuite du projet qui inclut des possibilités futures de formation professionnelle pour les enfants talibés.

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